Femmes enceintes en milieu carcéral malagasy : Les détenues prennent en charge la majorité des dépenses en matière de santé reproductive

  • 11 septembre 2021
 Photo d’illustration prise au CSB II Ampasanimalo

Dans les établissements pénitentiaires malagasy, les installations médicales demeurent insuffisantes. Les médecins et les médicaments sont pratiquement absents. Les femmes, notamment celles qui ont de petits enfants, ou celles qui sont enceintes, ne reçoivent pas les soins adaptés à leur état de santé. Certaines ont du mal à faire face à leurs conditions de détention. La plupart des établissements pénitentiaires ne disposant pas d’ambulance ou de véhicule pouvant servir à l’accompagnement de ces femmes lors de leur accouchement. Pour ce faire, elles sont obligées de se rendre à l’hôpital à pied, en taxi ou en taxi brousse, selon Amnesty International.

Une ex-prisonnière nous a confié que sa famille a dépensé environ un million d’ariary lors de son accouchement puisqu’elle a dû subir une opération. Elle a été enceinte de cinq mois avant son incarcération. Durant sa grossesse, les médicaments manquants dans le service d’infirmerie pénitentiaire ont dû être à la charge de sa famille. Seule, la vaccination, pour elle et pour son enfant est gratuite et peut se faire à la maison centrale.

ETUDE DESCRIPTIVE DES DEUX CENTRES DE DETENTIONS A MADAGASCAR : PRISON URBAINE D’ANTANIMORA ET PRISON RURALE D’AMBALATAVOANGY

Maison centrale d’Antanimora, district d’Antananarivo : Comment se fait la prise en charge des femmes enceintes dans la maison centrale d’Antanimora ?

Actuellement, près de 4 000 prisonniers sont en détention dans la maison centrale d’Antanimora. 422 d’entre eux sont des femmes, soit un ratio de 10% environ. La plus jeune d’entre elles est âgée de 13 ans si la doyenne a 65 ans. 30% à 40% d’entre elles ont bénéficié d’un procès. Par ailleurs, 31 agents pénitentiaires féminins sont affectés à leurs soins.

« Parmi ces 422 femmes, 18 sont enceintes et 15 allaitent. Les 2 derniers accouchements ont eu lieu les 10 et 11 juin derniers. Une sage femme et deux infirmières pénitentiaires sont en charge de la consultation prénatale des prisonnières depuis 2018 », a expliqué la Capitaine Noro Haja Lalaina Arimanana, Educateur Spécialisé d’Administration Pénitentiaire femme de la maison centrale d’Antanimora

« Les femmes enceintes prisonnières à Antanimora bénéficient d’une séance de consultation prénatale normale  au même régime que  toutes les femmes enceintes ; elles ont le droit de choisir les hôpitaux pour accoucher. Les frais de taxi ou d’autres moyens de transport sont à leur charge ou de leurs familles lors de l’accouchement », a-t-elle expliqué.

Après l’accouchement, les prisonnières peuvent garder leurs enfants de 18 à 24 mois. Ensuite leurs enfants peuvent les rendre visite et dormir avec elles tous les week-ends jusqu’à l’âge de trois ans. Concernant l’organisation de leurs cellules, elles sont logées avec les mères allaitantes.

L’ONG Sentinelles Madagascar prend en charge les  repas et médicaments des femmes enceintes, mais cette dernière n’est pas autorisée à livrer des informations là-dessus. « Rasoa, une prisonnière allaitante, condamnée de 7 ans d’emprisonnement a témoigné que cetteONG a pris en charge les médicaments ainsi que les frais de son accouchement à Befelatanana. »

Par ailleurs, un centre religieux collabore avec la maison centrale d’Antanimora, pour accueillir les enfants sans famille jusqu’à la libération de leurs mères.

 Nombres des femmes enceintes à Antanimora durant les trois dernières années successives :

Année Nombre
2019 25 femmes enceintes
2020 19 femmes enceintes
2021 18 femmes enceintes

Nombres d’accouchements à Antanimora durant les trois dernières années successives :

Année Nombre
2019 19 accouchements
2020 03 accouchements
2021 05 accouchements

Nombre de mortalité maternelle durant les trois dernières années successives

 

  Le CSBII Ampasanimalo : Un centre sanitaire  rattaché à la maison centrale d’Antanimora

Centre de Santé de Base Ampasanimalo

Des  agents pénitentiaires escortent les femmes enceintes auprès du Centre de Santé de Base Ampasanimalolors de leurs consultations.Elles se font consulter par des sages femmes comme toutes les femmes enceintes normales, sans subir aucune maltraitance, déclare le médecin-chef du CSBII Ampasanimalo, Docteur RandriamihajaVoahangy Anita.

La consultation est gratuite sauf pour le prix des médicaments qui sont pris en charge par les prisonnières.

Auparavant, ce centre de santé de base(CSB) prenait  en charge la consultation prénatale des prisonnières, mais actuellement, il n’effectue  que la vaccination des mères et des enfants ainsi que le dépistage du VIH-Sida. Les infirmières du CSBII se rendent mensuellement auprès de la prison pour effectuer ces opérations durant les campagnes de vaccination.

Maison centrale d’Ambalatavoangy, district de Toamasina I

Actuellement, 1200 prisonniers sont internés dans le centre de détention d’Ambalatavoangy composés de 1134 hommes et 66 femmes. « Les missions principales de ce centre de détention sont presque accomplies, à savoir le mandat de justice, la sécurisation de l’établissement pénitentiaire, la préparation à la réinsertion sociale, l’humanisation de la détention (dans le cadre du respect des droits de l’homme), » a déclaré le Directeur Régional de l’Administration Pénitentiaire de la région Antsinanana, Napou Jérémie

Directeur Régional de l’Administration Pénitentiaire de la région Antsinanana, Napou Jérémie

« Par contre, comme toutes les prisons à Madagascar, ce centre de détention rencontre le même problème dont, la surpopulation  carcérale puisqu’elle n’a comme capacité d’accueil  de 350 détenus », a-t-il martelé.

Comment les détenues enceintes de la prison d’Ambalatavoahangy sont prises en charge ?

La prison d’Ambalatavoangy dispose de deux infirmières pénitentiaires qui s’occupent de l’état de santé des détenues y compris les femmes enceintes. Ces infirmières escortent en outre  les prisonnières à l’ « Hopitaly Kely » pour se faire consulter.  Le dernier accouchement dans cette prison a eu lieu en 2017, a expliqué la Surveillante Générale de la maison centrale Ambalatavoangy, Mme Philippine.

Parmi les 66 femmes prisonnières, 4 sont allaitantes. Il n’y a eu aucune femme enceinte au moment de notre descente.

Parmi ces prisonnières 35 n’ont pas encore bénéficié d’un procès.

Les femmes enceintes et allaitantes sont logées dans une même cellule ce qui favorise fortement la promiscuité.

Service de district de santé Toamasina I  «  l’hopitaly kely » : un centre sanitaire rattaché à la maison centrale Ambalatavoangy.

Responsable de Communication et de Nutrition du service de district de santé Toamasina I, Zafindraporaka Liliane.

Des médecins issus du service de district de santé Toamasina I  « hopitaly kely » effectuent un tour de rôle et se rendent deux fois par semaine le mardi et jeudi pour surveiller l’état de santé des prisonniers et se chargent également de la consultation prénatale des femmes enceintes, a expliqué Le Responsable de Communication et de Nutrition du service de district de santé Toamasina I, Zafindraporaka Liliane.

Les hommes sont les prioritaires pour le service de soins de la prison d’Ambalatavoangy, tandis que les femmes sont au deuxième plan voire négligées ajoute-t-elle.

Ce médecin a par ailleurs révélé quelques problèmes rencontrés par les prisonnières enceintes. Comme dans la maison centrale d’Antanimora, si les consultations sont gratuites,  les médicaments sont par contre à la charge des familles. Seules les plus démunies, celles qui n’ont pas de famille ou celles qui sont marginalisées par la société, bénéficient d’une assistance sociale auprès du centre hospitalier universitaire.

Aucun suivi n’a lieu après l’accouchement, elles doivent attendre le rendez-vous de consultation. Si l’accouchement d’une prisonnière s’est déroulé sans complication,  elle est tout de suite remise dans le centre de détention sans bénéficier du temps minimum de sursis d’observation de trois jours.

 Crise Sanitaire : Les mesures prises ont affecté la condition de vie des femmes enceintes.

Durant la période de confinement, les consultations externes pour les détenues enceintes à Antanimora ont été interdites. Il s’agit d’une mesure prise par les autorités afin d’éviter la propagation du coronavirus.

Pour la maison centrale d’Ambalatavoangy, la cellule destinée aux femmes enceintes a dû être aménagée comme une salle d’isolement des cas confirmés perçus dans ce centre carcéral.

Précarité de la situation des femmes enceintes en milieu carcéral

Haingo une membre des organisations de la société civile, a révélé que les infrastructures dans les centres de détention à Madagascar ne répondent pas à l’état de santé des femmes enceintes. Elles sont logées avec les détenues normales à cause de la surpopulation carcérale. “L’État devrait séparer les détenus en fonction de leur âge, de leur sexe et de leur condition physique et prendre, en outre, une mesure spécifique pour les femmes enceintes pour leur traitement afin de respecter leur dignité” a-t-elle indiqué.

Elle a martelé également que les femmes en situation de grossesse devraient obtenir une peine alternative comme celle des enfants en fonction du conflit avec la loi.

Amnesty International : droit à la vie, à l’intégrité et à la sécurité pour les femmes enceintes ou allaitantes

L’article 128 du protocole de Maputo relatif aux droits de l’homme et des peuples, que Madagascar a déjà ratifié, précise dans son alinéa 4 « le droit à la vie, à l’intégrité et à la sécurité  des femmes enceintes ou allaitantes ».

Dans un système judiciaire qui fonctionne normalement, les personnes accusées d’infractions ne sont détenues qu’en cas de nécessité absolue. Elles peuvent consulter un avocat  gratuitement si elles n’ont pas les moyens de payer ses honoraires  et sont jugées avec une durée de temps acceptable. De même, pour le cas de mères inculpées avec un ou plusieurs enfants à charge, si la décision de justice met en péril la sérénité des enfants, l’intérêt de l’enfant prime. Or, à Madagascar, du fait d’un système judiciaire défaillant, des personnes, même des mères de famille même, passent des mois, voire des années en détention avant d’être  jugées.  Ces propos sont de Tamara Leger, conseillère pour Madagascar à Amnesty International dans son article intitulé : Madagascar. Des femmes sont maintenues abusivement en détention provisoire prolongée en 2017 ».

ONU : Une grossesse exige en principe de nombreuses consultations médicales, souvent extra pénitentiaires.

La Commission des droits de l’homme au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU) note aussi dans ses observations relatives au pacte international relatif aux droits civils et politiques que « Les femmes enceintes privées de liberté doivent être traitées avec humanité et dans le respect de leur dignité pendant toute la période précédant et suivant l’accouchement et lorsqu’elles s’occupent des nouveau-nés ».

Une grossesse exige en principe de nombreuses consultations médicales, souvent extra pénitentiaires. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1259479215001418

Rôle de l’UNICEF: Appuis techniques et judiciaires aux détenus vulnérables

« Nous apportons diverses assistances judiciaires, telles que l’attribution d’un avocat, et/ou par un plaidoyer pour des mesures alternatives au lieu de la détention comme la liberté surveillée. Nous faisons également des plaidoyers et offrons des appuis techniques continus auprès de l’administration pénitentiaire en vue d’améliorer les conditions de détention, y compris pour les femmes enceintes ou en prison avec leurs bébés »,a déclaré Nicolette Moodie, cheffe de section protection de l’enfant auprès de l’UNICEF Madagascar.

 

 

 

 

 

 

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Mahandry